Editorial du JPB 893 JUIN 2008

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D'AUTRES HORIZONS

Ça bouge à Passy-Buzenval ! Une quarantaine de Lycéens et Lycéennes viennent de participer au "FRAT 2008" à Lourdes. Toute une équipe de Passy-Buzenval, jeunes et moins jeunes, de 14 à 70 ans, reviennent de Jérusalem. Une quarantaine de Collégiens sont prêts à partir pour la route diocésaine de Vézelay. Une quinzaine de lycéens et lycéennes préparent depuis 2 ans un séjour humanitaire à Madagascar, l'été prochain. Sans oublier tous les sixièmes qui sont allés à Lisieux à la rencontre de Sainte Thérèse.

Simple coïncidence, ou signe d'une recherche plus profonde qui met en mouvement l'ensemble du corps ? Certes, se mettre en route, partir avec un groupe de compagnons pour une destination que l'on s'est donnée librement est une démarche fondatrice par nature. En m'associant à un choix communautaire, l'agrégation à ce groupe est essentielle, mais tout au fond de soi, je me recherche d'abord moi-même : qui suis-je ? La vie en collectivité, avec ses contraintes, ses tensions, mais aussi ses richesses, servira de révélateur à ce que je me cache peut-être à moi-même.

Cette vie d'équipe m'oblige à me dépouiller, plus ou moins lentement, mais nécessairement, de ce qui n'est que mon personnage. Exercice de décapage où seule la sincérité émergera, mais plus encore où la vérité, dans sa mise à nue, voire dans sa cruauté, subsistera. Se plonger dans la vie communautaire c'est, en quelque sorte, accepter comme préalable, de faire la vérité en soi, et accepter que le regard de l'autre me perçoive dans une vérité inhabituelle, dérangeante, voire douloureuse. Mais, en même temps, c'est accepter de se libérer, pour un moment, des masques éventuels, du personnage que nous avons élaboré au fil des ans pour nous "caser" de façon la moins inconfortable possible dans notre groupe social.

Car on ne joue plus : on se révèle au "grand naturel", sans édulcorant, sans colorant, sans additif d'aucune sorte. Voilà ce que je suis, capable du meilleur sans doute, capable aussi du pire, probablement. Expérience de mon extrême vulnérabilité si je reste seul. La solitude est un exercice redoutable, réservé aux âmes fortes et bien trempées, au charisme spécifique.

La présence de l'autre, des autres, donne alors sens à ma propre existence. Au-delà de la sympathie immédiate, au-delà de la convivialité réconfortante, à travers l'absence d'affinité, la naissance de malentendus, de tensions et de conflits, ma vie prend consistance dans la relation qui s'établit, se multiplie, se fractionne, se réfracte en une diversité de
visages, de paroles, ou de silences traversés d'un même pas.

Lourdes, Jérusalem, Vézelay, Madagascar, Lisieux... Une convergence se dessine en pointillé entre des itinéraires apparemment éclatés. Lieux où souffle l'Esprit. Esprit de Pentecôte insufflé au petit groupe des disciples, calfeutrés au cénacle, qui les pousse subitement à sortir dans la ville, et à crier dans toutes les langues du monde : "Jésus est vraiment le Messie attendu, le libérateur espéré, celui qui a vaincu la mort : Dieu l'a ressuscité, nous en sommes témoins".

Joël LE BRUN